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Monsieur le Directeur,
Nous débutons cette séance de la Formation Spécialisée Santé, Sécurité et Conditions de Travail, qui portera notamment sur le rapport d’enquête mené au sein des Trésoreries Amendes et sur les résultats de l’Observatoire Interne 2025 de la DRFiP Paris.
Mais avant d’aborder ces points, il est impératif de rappeler une réalité insoutenable : depuis le début de l’année, au moins 21 tentatives de suicide ont été recensées à la DGFIP. Treize ont conduit à la mort.
Ce n’est plus un signal d’alarme. C’est une hémorragie silencieuse. Ce sont nos collègues, nos camarades, qui tombent. Et trop souvent, les conditions de travail en sont un facteur déterminant.
Il est de votre responsabilité de ne pas laisser ces drames se banaliser. Il est de notre devoir syndical de les dénoncer. À ce titre, nous souhaitons revenir sur le rapport d’enquête mené dans les Trésoreries Amendes.
Ce rapport aurait dû déboucher sur un plan de prévention courageux.
Mais trop peu de recommandations portées par les organisations syndicales ont été reprises.
Le fond du problème, lui, reste entier.
Au cœur de ce problème :
- Suppressions d’emplois,
- Réorganisations incessantes,
- Déménagements et fermetures de services de proximité (5e, 11e, 17e, etc.).
➡️ C’est la politique de casse du service public portée par le ministère, la DGFIP et relayée par la DRFIP.
✊ La CGT demande l’abandon immédiat des fermetures à venir, notamment celle du Centre des Finances Publiques du 19e (Place de l’Argonne).
Les agents ont besoin de stabilité, pas d’errance. Et au cœur de ces drames, il y a un management violent, autoritaire, méprisant — et nous pesons nos mots.
Ce n’est pas le fait d’un individu isolé, mais un système.
Une hiérarchie locale qui cautionne, entretient, voire alimente un climat délétère.
? Par son silence.? Par son inaction. ? Ou par des propos inacceptables.
Exemple : lors de la présentation du rapport TP Amendes 1 et 2, le 31 mars, un chef de service a osé dire :
« L’enquête ne doit pas être un prétexte pour ouvrir les vannes de la souffrance au travail (…) Il est rappelé qu’on est là pour travailler. »
Cette phrase est une gifle Une insulte à celles et ceux qui portent à bout de bras le service public, dans une ambiance toxique, avec des effectifs réduits.
Oui, nous sommes là pour travailler. Mais pas pour souffrir. Et sûrement pas pour nous taire.
Tant que ces comportements resteront impunis, tant que la parole des agents sera méprisée, tant que les sous-effectifs seront niés, alors les conditions de travail continueront de se dégrader – avec les conséquences humaines que nous connaissons déjà trop bien.
La CGT exige que ces propos et ces méthodes soient officiellement désavoués et qu’il y soit mis fin immédiatement.
Concernant l’Observatoire Interne 2025 pour la DRFIP Île-de-France et Paris :
Ce rapport n’est pas une simple série de chiffres. Il prétend refléter le quotidien des agent·es. Mais soyons clairs : cette photographie est incomplète, parcellaire.
Un chiffre résume à lui seul cette limite : 47 % de taux de participation.
Cela signifie que plus d’un·e agent·e sur deux ne s’est pas exprimé·e.
Pour nous, ce n’est pas un détail technique, mais un signal politique :
Un désaveu silencieux. Une défiance manifeste envers une hiérarchie qui fait semblant d’écouter mais continue d’imposer un management brutal. Et pourtant, près de 1 800 collègues ont répondu.
Leur parole est claire, leurs réponses alarmantes :
- 40 % se disent désabusé·es, 28 % inquiets, 28 % fatigué·es.
Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils traduisent une dégradation profonde du climat de travail.
Et leurs causes sont connues — documentées depuis plus de 10 ans (rapport Gollac, 2011) :
- Surcharge de travail et charge mentale (32 %)
« Plus on supprime d’emplois, plus on surcharge les collègues qui restent »
- Perte de sens, démotivation (28 %)
« Je ne peux plus bien faire mon travail selon ma conscience professionnelle »
- Réformes permanentes, moyens insuffisants, pression émotionnelle croissante
Alors quelle réponse la DRFIP va-t-elle apporter ?
Des rapports ? On en a. Des chiffres ? Aussi. Ce qu’il manque : des actes.
✔️ Des recrutements massifs
✔️ Un encadrement formé, bienveillant, respectueux
✔️ Des moyens adaptés
✔️ La reconnaissance du travail réel
C’est ce message que nous sommes venus porter ici. Pas pour accompagner une gestion des risques.
Mais pour changer un système. Un système qui use, un système qui brise, un système qui tue.
✊ Pour la CGT Finances publiques à la Formation Spécialisée Santé Sécurité Conditions de vie au Travail du CSAL de la DRFIP Paris :
Rhéda Makouf – Dominique Liminana – Fabrice Égalis – Christophe Michon