Monsieur le directeur,
Comme traditionnellement à la CGT, et selon la méthode de l’entonnoir, nous partons du contexte général pour conclure par le particulier : de l’Internationale au Local.
Nous vivons une période où les tensions sociales, écologique, politiques et démocratiques s’exacerbent. Les inégalités se creusent, les protections collectives sont fragilisées, et le Travail, loin d’être ce lieu d’émancipation qu’il devrait être, devient trop souvent un espace de pression, d’isolement et de souffrance.
L’actualité récente, qu’il s’agisse des affaires politico-médiatiques qui exposent les connivences entre puissances économiques, politiques et judiciaires, ou encore des multiples scandales révélant les logiques de domination et d’impunité au sommet de la société, rappelle une constante : les déséquilibres de pouvoir ne sont pas une abstraction théorique. Ils structurent profondément notre organisation sociale et l’avenir de notre commune humanité.
Ce climat n’est pas extérieur à nos débats. Il éclaire les réalités que vivent quotidiennement les agent.es.
Aujourd’hui, à l’ordre du jour figure le « Plan d’actions DGFiP 2025–2027 : améliorer les conditions de travail et prévenir les risques suicidaires ».
Ce sujet impose gravité et lucidité. En 2025, près d’une quarantaine d’agent.es ont fait une tentative de suicide. Environ la moitié en sont décédés. Derrière ces chiffres, il y a des collègues, des familles, des citoyens fonctionnaires et des collectifs de travail profondément marqués.
Les axes affichés comme mieux connaître les conditions de travail, réduire les risques psychosociaux, accompagner les agent.es en difficulté sont, en apparence, consensuels et unitaires. Mais l’expérience des services oblige à dépasser les intentions.
Le document évoque la nécessité de « mieux connaître les conditions de travail ». Dans le même temps, la direction poursuit la mise en place de cellules d’accueil téléphonique dans plusieurs services.
Nous rappelons qu’en 2024, la médecine de prévention est intervenue en urgence pour dispenser certains agent.es ou aménager des postes en raison de nuisances sonores et de difficultés avérées. Les aménagements réalisés par la suite ( mobilier acoustique, limitation des plages d’écoute, … ) ne constituent pas une validation du dispositif, mais la reconnaissance implicite des risques qu’il génère.
Cette expérience ne semble avoir été prise en compte, comme par exemple aux SIP du 15e!
Pour la CGT, la prévention ne peut être réduite à une formalité.
Plus fondamentalement, le document laisse dans l’ombre les déterminants majeurs des difficultés rencontrées dans nos services : réorganisations incessantes, restructurations, déménagements, intensification et taylorisation des tâches, pressions managériales, remises en cause des horaires variable, du télétravail, des congés.
Les agent.es comme les usager.es souffrent de votre NRP. Et cette triste réalité structurent le quotidien des agent.es.
Or, le texte tend à individualiser ces situations, à renvoyer les difficultés à la seule « santé mentale ». Nous rappelons une évidence : la souffrance au travail ne naît pas d’un vide organisationnel, de nulle part… Elle est aussi et surtout le produit de vos choix quant à la question centrale de l’Organisation du Travail.
Pour la CGT, personne ne « fait semblant » d’être en difficulté. Derrière chaque signalement, chaque arrêt, chaque drame, il y a une réalité vécue.
Nous réaffirmons également un principe non négociable : toutes les préconisations de la médecine de prévention doivent être suivies sans réserve. Une posture se voulant « raisonnable » ne saurait masquer une dégradation, même subtile, du niveau de protection des agent.es. Monsieur le directeur, nous serons extrêmement attentifs à la position de la direction sur ce point !
Ceci étant dit entre nous, il nous faut nommer la cause centrale de cette souffrance : le sous-effectif chronique !
Tant que cette question ne sera pas traitée à la racine, vos plans d’actions demeureront des réponses formelles à une crise bien réelle.
Enfin, nous alertons sur une dynamique dangereuse : la caporalisation de l’encadrement intermédiaire et la fragmentation progressive de notre corps de métier et du service public fiscal !
Monsieur, l’histoire de la CGT est celle d’une construction patiente de l’unité des travailleur.es et notamment des fonctionnaires des Finances que nous sommes. Non seulement par idéal mais aussi parce que nous savons par expérience que la division sert toujours les logiques de régression.
Nous ne sommes pas ici pour commenter un document. Nous sommes ici pour défendre une exigence simple : que la protection de la santé et l’amélioration des conditions de travail deviennent enfin des réalités concrètes.
Parce qu’aucune contrainte budgétaire, aucune nouvelle organisation du travail, aucune contre-réforme ne devrait justifier que le travail conduise à la détresse.