Madame la Présidente
Partout, les tensions sociales s’aiguisent. Les conflits armés se multiplient, les dépenses militaires explosent, tandis que les politiques d’austérité s’installent durablement. Au Liban, après le cessez-le-feu pourtant proclamé, la situation humanitaire reste dramatique et les massacres continuent : infrastructures détruites, population plongée dans la précarité, inflation et pénuries frappant d’abord les classes populaires. Cette réalité rappelle que les logiques impérialistes ne produisent ni stabilité ni paix sociale, mais une dévastation durable dont les peuples paient le prix.
Dans le même temps, les richesses n’ont jamais été aussi abondantes pour le capital. Les entreprises du CAC 40 ont versé 107,5 milliards d’euros aux actionnaires en 2025, un record historique, pendant que le pouvoir d’achat des travailleuses et des travailleurs reculait et que les services publics étaient sommés de se serrer la ceinture. Cette fuite des ressources vers le capital, conjuguée aux dépenses militaires et aux tensions internationales, alimente l’inflation énergétique et alimentaire, rogne les salaires et frappe directement le pouvoir d’achat — le reste à vivre — des travailleuses et des travailleurs.
Cette situation structure la réalité quotidienne du travail : moins de moyens, plus de pression, davantage d’intensification. Et ce mouvement se traduit partout par une dégradation de la santé au travail. Les décès au travail augmentent, les accidents graves persistent, l’usure professionnelle progresse. Dans la fonction publique comme dans le privé, le travail s’allonge, les carrières s’étirent, les corps s’usent. À cela s’ajoutent des réorganisations incessantes, qui déstabilisent les collectifs, désorientent les collègues, fragmentent les missions et fragilisent encore davantage des agent·es déjà soumis·es à une pression constante.
Nous constatons également des décès prématurés de collègues pourtant encore en âge d’activité, révélateurs d’une souffrance profonde. Dans le même temps, de plus en plus de collègues de notre direction sollicitent les représentant·es du personnel, les services RH et la médecine de prévention. Ces signaux sont clairs : la dégradation des conditions de travail est une réalité vécue quotidiennement.
Les différents gouvernements qui se succèdent imposent des réorganisations perpétuelles et incessantes de l’organisation du travail, accompagnées de suppressions annuelles d’emplois. Cette combinaison constitue l’une des principales causes de la souffrance au travail. Nous demandons donc l’arrêt de toutes les réorganisations à Paris, l’arrêt des fermetures de sites, l’arrêt de la mise en place des blocs fonctionnels, l’arrêt du rajout de missions, ainsi que l’arrêt des suppressions des PCE.
La CGT sera toujours aux côtés des agent·es en difficulté ou mis en difficulté par ces politiques destructrices, qui s’accompagnent aussi parfois, comme chez France Télécom, de politiques d’encadrement maltraitantes.
L’allongement de l’âge de départ à la retraite constitue, à cet égard, un tournant majeur. Travailler plus longtemps, dans des organisations déjà sous tension, signifie mécaniquement davantage d’accidents, davantage d’absences, davantage d’inaptitudes. Ce n’est pas une opinion : c’est une conséquence logique. Plus on pousse les travailleuses et les travailleurs au-delà de leurs limites, plus les risques augmentent.
Et pourtant, dans le même temps, les effectifs diminuent. À la DGFiP, la suppression de 550 emplois en 2026 s’inscrit dans une tendance continue de réduction des moyens humains. Entre 2008 et 2023, environ 36 000 postes ont été supprimés, passant de 130 000 à 94 000 agent·e·s. Cette tendance s’est poursuivie en 2024 avec une suppression nette de 200 équivalents temps plein (ETP), malgré quelques créations de postes liées à de nouvelles missions. Et pour 2025, 550 nouvelles suppressions d’emplois.
Cette politique s’accompagne d’une nouvelle méthode de calcul des emplois qui, derrière une apparente neutralité technique, conduit concrètement à transformer des vacances de postes en suppressions d’emplois et à accentuer la pression sur les services. Il faut d’ailleurs rappeler que le contrat d’objectifs et de moyens prévoyait une année blanche en matière de suppressions d’emplois pour l’année 2025. Cette disposition constituait, en elle-même, une reconnaissance officielle de la dégradation de la situation dans les services. Le fait de revenir aujourd’hui sur cet engagement, avec de nouvelles suppressions, apparaît donc comme un aveu : l’administration reconnaît la difficulté mais poursuit malgré tout une politique qui l’aggrave.
Concernant le plan DGFiP égalité femmes-hommes 2025-2027, nous relevons des éléments plutôt positifs. Par ailleurs, l’augmentation du nombre de fiches de signalement classées dans le champ des violences sexistes et sexuelles au travail constitue un indicateur important, qui témoigne à la fois d’une libération de la parole et d’une meilleure prise en compte de ces situations.
Toutefois, pour la CGT, la DRFiP 75 se doit de renforcer la mission de la référente égalité femmes-hommes, afin que cette mission soit réellement sacralisée, dotée de moyens concrets et accompagnée d’une extension de son champ de compétences.
Nos interrogations demeurent entières
- La direction générale annonce 41 actions. Quelle sera la déclinaison précise de ces mesures à la DRFiP ?
- Quelles actions seront priorisées ? Selon quel calendrier de mise en œuvre ?
- Quelles mesures de suivi sont prévues localement pour s’assurer de l’effectivité du plan ?
- Quelles informations seront transmises aux représentant·es du personnel ?
- Quelles actions de sensibilisation seront menées auprès des agent·es ? Sur quels supports et selon quelle périodicité ?
- Quel budget sera dédié à ce plan à la DRFiP ? Quels financements sont prévus ?
- Quelle comparaison peut être faite avec le précédent plan 2020-2022 ?
- Quelle évolution des moyens permettra de mesurer concrètement l’ambition affichée ?
Sans réponses précises à ces questions, le risque est réel de voir le plan rester déclaratif. Or la lutte contre les inégalités professionnelles, les violences sexistes et sexuelles et les discriminations exige des moyens, un pilotage clair et un suivi régulier.