Neutralité du service public, respect de la laïcité et refus des réponses individuelles aux problèmes collectifs.
Une publication qui pose question
À l’occasion de la semaine de la poésie, une publication sur l’intranet local a mis en avant l’autolouange et les travaux de Marie Milis. L’intention était manifestement culturelle et sans doute sincère. Personne ne contestera que la poésie, la littérature ou la réflexion sur soi ont toute leur place dans la société, et qu’elles peuvent être des sources d’enrichissement personnel.
Mais le service public obéit à des règles particulières. Par principe, il doit être neutre. Et cette neutralité n’est pas une formalité : elle découle directement du principe de laïcité, qui impose à l’administration de ne promouvoir aucune démarche pouvant être rattachée à une pratique spirituelle, philosophique ou de développement personnel.
La laïcité impose la neutralité de l’administration
L’autolouange, au-delà de sa dimension poétique, s’inscrit dans une démarche de valorisation de soi qui relève d’un courant de pensée particulier, souvent associé à des pratiques de développement personnel pouvant comporter une dimension spirituelle ou une référence à une forme de transcendance.
C’est précisément pour éviter toute confusion entre ces démarches et l’action publique que la laïcité organise la séparation de l’État et des convictions religieuses ou spirituelles. Dans ce cadre, la mise en avant de telles pratiques sur un support institutionnel n’était pas appropriée. Le retrait de la publication, après signalement, était donc conforme aux règles qui s’imposent à tous.
L’erreur est très probablement de bonne foi. Mais elle n’est pas anodine, car elle s’inscrit dans un contexte plus large.
Quand les problèmes collectifs reçoivent des réponses individuelles
Depuis plusieurs années, on voit se développer dans le monde du travail une tendance à répondre à des difficultés collectives par des solutions individuelles. Lorsque les services sont en tension, lorsque les organisations changent rapidement, lorsque les repères professionnels se déplacent, la réponse apportée ne porte pas toujours sur l’organisation du travail elle-même.
On propose plus volontiers des démarches centrées sur l’individu : confiance en soi, adaptation, accompagnement personnel, gestion du stress, ou développement personnel.
Ce glissement n’est pas neutre. Il accompagne souvent des transformations profondes de l’organisation du travail : spécialisation accrue des tâches, segmentation des missions, restructurations permanentes.
Ces évolutions fragilisent les collectifs, isolent les agents, et rendent plus difficile l’expression de résistances communes face aux difficultés rencontrées.
NOTRE POSITION
La culture a toute sa place dans la fonction publique. La poésie aussi.
Mais l’administration doit rester strictement neutre et respecter pleinement le principe de laïcité. Elle ne peut pas promouvoir, même indirectement, des démarches relevant de convictions personnelles, spirituelles ou de développement individuel.
Pour la CGT, les difficultés rencontrées dans les services ne doivent pas être traitées par des réponses individuelles ou psychologisantes, mais par des réponses collectives portant sur :
- l’organisation du travail,
- les effectifs,
- les conditions de travail,
- le sens des missions.
La neutralité, la laïcité et le respect du cadre professionnel ne sont pas des contraintes. Ce sont des garanties pour tous les agents.
Remettre le collectif au centre
La meilleure manière de répondre aux difficultés du travail reste encore de s’interroger collectivement sur son organisation, sur ses moyens, et sur le sens des missions confiées aux agents.
C’est sur ce terrain que doivent se situer les réponses de l’administration.
